Je n'aurai jamais ma pagaie de 10 ans. Ou pas.

Cette année sera ma dixième année au Camp Ouareau.

Pouvez-vous y croire? Moi, j'ai de la difficulté, et moi-à-17-ans ne le peux définitivement pas.

Je me rappelle être assise sur le plancher en bois ("où des milliers de jeunes filles se sont assises auparavant...") du Lodge en tant que monitrice junior et regarder quelqu'un recevoir sa pagaie de 10 ans, les larmes aux yeux, remplie d'émotions.

Ha! Je ne durerai jamais aussi longtemps, me disais-je.

En effet, je ne pensais même pas réussir à terminer mon été. J'étais déjà couverte de piqûres de maringouins (la citronnelle ne fonctionnait pas trop pour moi), et ma première nuit à veiller sur mes campeuses* s'était terminée (sérieusement) accroupie à deux pas des toilettes des Seniors, à faire pipi dans mes pantalons.

*(Les premières nuits des campeuses au camp, les monitrices veillent sur le perron de leur cabine ou de leur tente pour s'assurer qu'elles s'endorment paisiblement. C'est normalement plutôt agréable. Sauf cette fois là, évidemment.)

Et pourtant! Me voici.

Non seulement ai-je 'duré', j'ai même prospéré. À chaque année, j'ai réussi quelque chose de nouveau...

Première année: monter jusqu'en haut du mur d'escalade.
Ma montée prit 40 minutes, autant que l'encouragement constant de Lindsay, notre chef d'escalade, qui m'assurait ("Es-tu sûre que tu ne peux pas me tenir plus serrée? Je pense vraiment que tu pourrais me tenir plus serrée!")

Troisième année: diriger les chansons du soir des Dekopis.
"Where have all the flowers gone" n'a jamais connue (et, on espère, ne connaîtra jamais plus) une version comme celle que nous avons chanté cette nuit là. Je fus cependant incroyablement  touchée lorsqu'une petite Dekopi me félicita, le lendemain, sur 'l'originalité' de nos voix.

Neuvième année: voyage de canot avec les CITs.
On m'attrapa en train d'essayer de pagayer avec un gilet de sauvetage ouvert (je croyais que c'était la chose cool à faire!); je réussis à basculer un canot amarré et tomber dans l'eau avec mes vêtements secs, et fit un fier portage à travers les broussailles à l'aide d'une CIT que je connaissais depuis ses 8 ans.

Le camp fait maintenant fermement partie de mon identité et, bien que moi-à-17-ans se moquerait probablement un petit peu de moi-à-26-ans, je vais fièrement avoir les larmes aux yeux lorsque je recevrai finalement, cet été, remplie d'émotions, ma pagaie de 10 ans, dans une bâtisse où des milliers de jeunes filles ont été auparavant.

-émilie

 
Sur l'auteur: Émilie travaille au camp depuis 2006 et est présentement la coordonatrice des médias au MOO (Montreal Ouareau Office). Elle adore chanter très fort sur sa bicyclette et brosser ses cheveux avant d'aller se coucher. Elle apprécie aussi énormément parler d'elle-même à la troisième personne.